Interview dans l'Humanité
L’humanité des débats Sécurité« Les gens se soucient davantage d’insécurité »
Par Éric Raoult, député et maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis)
L’insécurité et la délinquance doivent-elles être, à vos yeux, les questions centrales du débat politique dans la perspective des prochaines élections ?
Éric Raoult. Non, peut-être pas le dossier numéro un des prochaines échéances. Mais c’est d’ores et déjà la préoccupation première dans la vie quotidienne de nos compatriotes. Évidemment, l’activité économique, l’exclusion, l’environnement et d’autres dossiers devront être traités dans la campagne présidentielle. Il reste que les gens, singulièrement dans un département comme celui dont je suis élu, la Seine-Saint-Denis, se soucient davantage d’insécurité et de délinquance que de tout autre sujet. Pas par « tentation sécuritaire », par crainte, mais parfois suite à une expérience vécue : se faire chiper son sac à main, se faire bousculer dans la rue. Il ne s’agit pas de grande criminalité, de grand banditisme mais d’un climat d’insécurité alimenté par des petits. Nous sommes face à un problème de délinquance juvénile. Les problèmes d’insécurité ne sont pas le fait de tout un quartier, de toute une population, mais de noyaux durs de jeunes qui ne connaissent plus d’interdits, qui ont compris que leur âge les mettait à l’abri de sanctions. Je ne sais pas si les candidats à la présidentielle en parleront, mais Nicolas Sarkozy a présenté son bilan et j’ai cru comprendre que Mme Royal avait cassé un tabou et en ferait, parmi ses propositions, un point fort.
La majorité à laquelle vous appartenez est au pouvoir depuis quatre ans. Si développement de la délinquance juvénile il y a, n’est ce pas le signe d’un échec de la politique du tout répressif que vous avez mené avec Nicolas Sarkozy ?
Éric Raoult. Il est vrai que la réponse doit être multiforme. C’est pour cela que le projet de loi de prévention de la délinquance aborde des sujets comme le rôle du maire, l’absentéisme scolaire. Le bilan du gouvernement, de Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin est plutôt concluant. Les chiffres de criminalité et de délinquance ont, ces quatre dernières années, diminué pour la première fois depuis longtemps. Pour autant, Sarkozy n’a pas de baguette magique. S’il a réussi à endiguer un développement et une généralisation de cette insécurité, il est vrai que des actes gratuits, plus violents, se multiplient. La situation s’est améliorée et aggravée en même temps.
La droite n’use-t-elle pas de ce thème de l’insécurité pour masquer son incapacité à répondre au problème du chômage, préoccupation majeure des Français ?
Éric Raoult. La principale motivation de l’action gouvernementale, c’est l’emploi. Même si tout n’est pas réglé, les chiffres du chômage témoignent d’une amélioration. Il est évident qu’un jeune avec une activité pense moins à faire des conneries que s’il n’en a pas. Et pour l’ensemble de la population, la lutte contre le chômage est la préoccupation première qu’un gouvernement doit avoir en matière de politique économique. Là aussi, il y a des améliorations, mais pas de solutions définitives : augmentation du nombre d’emplois aidés, actions en direction des jeunes. Le CNE, même s’il a été décrié, a permis de mettre plus de 300 000 personnes sur un poste de travail. La droite n’essaie donc pas de parler de sécurité pour oublier l’activité. Il ne peut y avoir de sécurité sans activité. Et dans les quartiers, si l’on veut faire venir des entreprises dans les zones franches, il y a un impératif sécurité.