Eric RAOULT à l'émission de Jean-Pierre ELKABACH
Script de l’Interview de Jean-Pierre ELKABACH
du Mardi 8 Novembre 2005 Émission sur EUROPE 1, de 8h20 à 8h40 Jean-Pierre ELKABACH : Eric RAOULT, vous avez décidé tout seul d’appliquer une sorte de couvre-feu pour les jeunes, les violences, les casses, les incendies. Ont-ils cessé cette nuit ou diminué ? Cette nuit, toutes les écoles étaient allumées, mais il n’y avait pas d’incendies, on avait mis des employés communaux, des présidents d’associations sportives. Tous les équipements de notre commune étaient gardés, et, d’autre part, les élus étaient dans la rue pour éviter qu’on ait un phénomène de contagion, le Raincy touche Clichy-sous-Bois, et, je pense que ça a eu un effet, cette annonce du Premier Ministre, et, puis aussi, ce que l’on a dit, et, d’autre part, je vais essayer de faire en sorte d’en informer tous mes conseillers municipaux, les Présidents d’associations. La Ville n’a pas peur, on a pu éviter cela. Jean-Pierre ELKABACH : Le Premier Ministre a annoncé qu’il allait donner plus de pouvoir aux Maires… Oui, d’abord, c’était déjà engagé dans la prévention de la délinquance, et le programme qui est préparé par le Ministre de l’Intérieur. Et, d’autre part, je crois que l’on s’aperçoit en ce moment, dans notre ville, que l’on n’a plus des administrés, mais des citoyens, c’est-à-dire, qu’il y a une volonté véritablement de s’impliquer, parce que l’on ne réfléchit pas sur la citoyenneté devant une voiture brûlée. Car, les voitures des riches sont dans des boxes, mais, les voitures des pauvres sont en train de brûler. Et, l’insécurité de cette façon là, c’est une injustice supplémentaire dans un certain nombre de départements ; puis, je voudrais ajouter une chose, hier soir, devant ma Mairie, il y avait la télé japonaise, et la télé turque qui m’expliquaient comment il fallait faire. Ça m’a fait mal. Jean-Pierre ELKABACH : Le couvre-feu, en 1955, c’était la guerre d’Algérie, Edgar FAURE était Président du Conseil, après 9 mois, et des élections, il sera remplacé par Guy MOLLET, il y peut-être de meilleurs souvenirs, de meilleurs symboles, mais, est-ce que l’on pouvait faire autrement ? Il y avait un désordre plus que militaire à l’époque, révolutionnaire. Non, mais aujourd’hui ? Aujourd’hui, il est important de donner les moyens aux parents de dire aux enfants « sors pas dehors, c’est dangereux, et c’est interdit ». Mais, est-ce qu’ils peuvent les tenir chez eux ? Parce que ces immeubles et ces appartements ne vont pas devenir des cocottes minute ? Écoutez, d’abord quand il ne fait pas chaud, il vaut mieux être au lit, ou devant Star Académie, plutôt que d’être dehors, en train de lancer des cocktails Molotov. Deuxième élément, nous avons aujourd’hui, une situation où les parents doivent reprendre le pouvoir, où les adultes doivent avoir le dernier mot, et, si on nous fait confiance avec plein d’autres Maires, c’est parce que l’on a une certaine légitimité. Ils savent que quand, il est important de réclamer quelque chose, c’est vers le Maire. Hier, à Clichy-sous-Bois, devant la Mairie, il y a une quinzaine de jeunes qui m’ont insulté. Je suis reparti ensuite après avoir dialogué avec eux. Et, puis un de ceux qui m’ont insulté est venu me voir, en disant « est-ce que je pourrais venir vous voir, car je cherche un boulot ». Il vous a vouvoyé ? Oui. C’est-à-dire, qu’au bout d’un moment, il faut aussi qu’on se dise qu’après ces évènements de Novembre 2005, il va falloir qu’on continue à travailler ensemble, et donc, si on peut au moins, faire un armistice aujourd’hui de retour à la paix, pour que la Droite et la Gauche puissent s’entendre pour calmer le jeu. Jean-Pierre ELKABACH : Eric RAOULT et Jean-François COPE, vous souhaitez Un consensus Droite Gauche sur le dossier des banlieues. Est-ce que c’est possible ou imaginable ? Aujourd’hui, tout le monde veut contribuer d’ailleurs à réduire la discrimination, en utilisant toutes les associations, la HALDE, la Charte de la diversité, …, toutes les promesses qu’il faut tenir. Et, le Gouvernement, Eric RAOULT, a corrigé son erreur, d’avoir supprimé ou réduit des aides financières aux associations. Il les restaure, c’est bien. Tardif, mais bien. Il ne faut pas non plus laisser croire que tout serait en jachère et en crise. On met beaucoup de moyens. Jean-Louis BORLOO a rappelé le programme de rénovation urbaine, la HALDE pour lutter contre la discrimination, elle n’a pas été votée par MITTERAND, mais par CHIRAC. Le plan BORLOO, actuellement, qui bénéficie à toutes les villes, toutes les Municipalités rencontrent le Ministre pour préparer l’intégration de leurs cités dans une rénovation urbaine. Mais, je pense vraiment que si chacun a mis sa pierre pour construire cette politique de la ville, avec une certaine continuité. L’heure n’est pas aujourd’hui, à dénigrer qui que ce soit, il est important que l’on puisse de dire que la pierre, aujourd’hui, elle est plutôt jetée sur les policiers. Il vaut mieux une politique de la ville pour construire, que le désordre pour détruire. Jean-Pierre ELKABACH : Comment on peut recréer la paix civile, l’unité du territoire qui a été atteinte ? Peut-être de la Nation ? Et redonner l’espoir aux banlieues et aux villes concernées ? Dans chacune des villes, il faut qu’on se parle. On a jeté des pierres, on a brûlé des voitures, il faut que les gens se parlent et fassent le point. Ensuite, il faut aussi qu’on dise combien ça a coûté tout ça. Parce que malheureusement, il va falloir réparer, un gymnase qui brûle, il faut trouver de nouveaux financements, il faut indemniser les gens qui ont eu leurs voitures brûlées, et puis, ensuite, il faut aussi qu’on fasse oublier tout ça. Parce que quand, dans quelques jours, un jeune de Clichy sous Bois enverra son CV aux entreprises du secteur, on prendra peut-être une autre ville, mais pas tout de suite, Clichy sous Bois. Et, pour mon département, la Seine Saint Denis, on réussissait, petit à petit, à s’en sortir. Cela faisait rigoler le « 9.3 ». Il faut que l’on tourne la page, et qu’on essaie de repartir sur des bases nouvelles. A toute chose, on aura compris qu’il était nécessaire de s’occuper des banlieues, si on veut éviter que les banlieues s’occupent de nous. Jean-Pierre ELKABACH : François BAYROU vient de dire « l’absence de Jacques CHIRAC, Président de la République, est trop remarquable ». Ecoutez, François BAYROU est omnibulé par 2007, moi, je suis omnibulé par ma banlieue. Jean-Pierre ELKABACH : Je peux vous faire une confidence, vous paraissez fatigué. On est fatigué parce que l’on ne dort pas beaucoup, parce que ce n’est pas toujours évident d’être la nuit dehors. Les gens qui vous rencontrent disent « vous avez pas autre chose à faire », mais, en ce moment, il faut le faire. Jean-Pierre ELKABACH : Bonne journée, et surtout, bonne nuit.