Eric RAOULT dans l'Express

Publié le par Eric RAOULT

LEXPRESS.fr du 08/03/2007
Bonjour, monsieur le Maire...Julie Joly

Emploi, logement, transports, insécurité... A l'approche de la présidentielle, les Français se plaignent et réclament. Les permanences des élus locaux ne désemplissent pas

ans la banlieue en béton d'Evry (Essonne), à 30 kilomètres au sud de Paris, la cathédrale de briques rouges domine un centre-ville déserté. L'âge moyen des habitants ne dépasse pas 26 ans. Ancien conseiller de Lionel Jospin à Matignon, le député maire (PS) Manuel Valls ouvre, chaque semaine, son bureau à ses administrés. Pendant deux heures, il reçoit une dizaine de personnes. Mais, depuis quelques semaines, son carnet de bal explose: les demandes sont six fois plus nombreuses.

 

Affluence

A l'approche du premier tour de la présidentielle, les permanences des élus locaux enregistrent une affluence record: jeunes, seniors, chômeurs, salariés, à Paris, en banlieue, en province, les Français défilent chez le maire. Dans le nord de la Bourgogne, Marie-Louise Fort, premier magistrat (UMP) de Sens (Yonne), a beau faire le maximum, son agenda est bloqué un mois à l'avance. En Seine-Saint-Denis, dans l'enclave huppée du Raincy, son homologue, Eric Raoult (UMP), enchaîne entre 20 et 50 rendez-vous hebdomadaires. La période électorale est propice aux réclamations, mais pas seulement! Emploi, logement, services publics, sécurité, les revendications succèdent, presque mécaniquement, aux promesses électorales. Bercés par les discours de campagne, les Français exigent des réponses concrètes. Et dressent, en creux, un portrait sévère des dysfonctionnements qui polluent leur vie quotidienne. Au point de provoquer des situations explosives, comme en témoigne, dans la banlieue lyonnaise, André Gerin, élu (communiste) de Vénissieux.

Le chômage arrive en tête des préoccupations. La bataille du CPE, il y a un an, a laissé des traces. Les discours d'aujourd'hui sur la «valeur travail», les appels solennels au dialogue social et la promesse du plein-emploi suscitent des attentes fortes, souvent contradictoires. On vient chez le maire chercher du boulot «à tout prix», mais aussi se plaindre de son patron, de son salaire ou encore de ses conditions de travail. On espère un passe-droit pour obtenir un emploi public tout en fustigeant les «privilèges» des fonctionnaires. De jeunes créateurs d'entreprise en quête de «coup de pouce» succèdent à de jeunes chômeurs désemparés.

Certains vont à la mairie pour se plaindre de leur patronTous pointent du doigt l'impuissance de l'Etat. Issue des quartiers chics du Raincy, une gamine de 16 ans titulaire d'un BEP de comptabilité cherche du travail depuis un an, mais boycotte l'ANPE et par ailleurs n'a pas entendu parler de la mission locale pour l'emploi. «Jamais vu personne trouver du boulot grâce à eux...», balance-t-elle. A Evry, une ancienne ouvrière des usines LU, licenciée en 2001, a tenté, elle, toutes les formations, mais désespère, à plus de 50 ans, de séduire un employeur. A Evry, la plupart des chômeurs y ont renoncé: leur première demande est de créer leur propre entreprise, constate Manuel Valls.

L'échec scolaire frappe, lui aussi, tous les milieux. A Sens, «plus de 60% des élèves de sixième ne maîtrisent ni l'écriture ni la lecture», s'alarme Marie-Louise Fort. De manière générale, les citoyens ne connaissent pas leurs droits, le rôle des institutions et n'ont aucune idée sur l'art et la manière d'aborder un entretien d'embauche. «Avec ça, essayez donc de leur faire décrocher un boulot!» lâche un maire de province.

 

On vient protester contre les tarifs de France Télécom

La question du logement obsède également les Français, et pas de trêve hivernale pour les élus! Le droit au logement opposable est à peine voté qu'il est déjà entré dans les mœurs. Chacun espère une solution rapide à son problème particulier. Or les pénuries annoncées partout se confirment chaque jour. Au Raincy, une femme demande depuis 1976 à quitter son appartement, humide, mal chauffé et trop petit. «Tout le monde nous parle des SDF, des mal-logés, mais cela fait trente ans que j'attends que l'on s'occupe de moi!» s'emporte-t-elle. Le maire fait le dos rond: il lui manque près de 1 000 logements sociaux pour satisfaire la demande. Toutefois, dans le chaos de la Seine-Saint-Denis, Le Raincy apparaît comme un havre de paix. «Peu de cas sociaux, pas de SDF», reconnaît Eric Raoult. Qui a lancé plusieurs programmes de construction, mais préfère parler de logements «aidés» - «cela effraie moins les gens». Il faut bien convaincre les électeurs d'accueillir ces arrivants...

Autre sujet de mécontentement, les retards et les grèves des transports publics, qui empoisonnent la vie des usagers. «Je dois prévoir deux heures de marge avant chaque examen!» tempête un jeune habitant d'Evry étudiant à Paris. A Sens, un fonctionnaire souligne le temps passé quotidiennement dans les embouteillages, faute de «trains fiables». Débattue au niveau national, l'idée d'un service minimum est plébiscitée. Les maires en sont les plus chauds partisans, et pour cause.

A longueur de journée, les ratés des services publics leur sont reprochés. Fermement convaincus de l'incompétence des fonctionnaires, les citoyens demandent aux maires de résoudre ce que ni l'ANPE, ni les assistants sociaux, ni les policiers, ni les juges ne semblent pouvoir empêcher. Ainsi, en litige avec le fisc, une mère de famille du Raincy s'adresse au maire, «en dernier recours». Ailleurs, des administrés se plaignent auprès de leurs élus des tarifs de France Télécom, du prix de l'essence, des péages d'autoroute, de l'absentéisme des profs, de querelles de voisinage, du manque de places en crèche, des lenteurs de la justice... Serait-ce l'effet des récents scandales judiciaires - de l'affaire d'Outreau, notamment? Depuis quelques années, les maires se voient de plus en plus souvent demander d' «intervenir» auprès d'un juge, de «rouvrir» un dossier, d' «accélérer» une procédure ou de «bloquer» une décision. Comme s'ils en avaient le pouvoir. La police, quant à elle, est critiquée sur tous les fronts: trop peu nombreux, trop jeunes, trop durs, les agents de la force publique sont accusés à la fois d'attiser les tensions et d'être trop laxistes.

 

Insécurité et discriminations

Partout, l'insécurité et les discriminations sont dénoncées. Le premier sujet a marqué la campagne présidentielle de 2002; le second a surgi après l'embrasement des banlieues, en octobre-novembre 2005. A quelques semaines d'un nouveau scrutin national, ces deux thèmes, lancinants, sont dans toutes les bouches. A Sens, une jeune mère de famille venue parler emploi finit par raconter les scènes de violence qui rythment ses journées: bagarres à la sortie de l'école, jeunes scotchés aux halls d'immeuble, trafics en tout genre et insultes qui volent... «J'ai peur pour mes enfants», dit-elle. Reçu dans la foulée, un métis trentenaire, chômeur depuis un an et demi, issu des quartiers chauds de la même ville, dénonce l'étiquette qu'il garde «plantée dans le dos». Après avoir obtenu un bac professionnel, il a bifurqué vers la faculté «par miracle», prépare le concours d'éducateur spécialisé, rêve de travailler auprès des jeunes et contredit tous les clichés. «Les médias stigmatisent les cités, dénonce-t-il. Une poignée de délinquants bousillent notre réputation et tout le monde se focalise sur eux!»

Calée dans son fauteuil, Mme le Maire, Marie-Louise Fort, soupire, «lessivée». Derrière elle, un portrait encadré du président Chirac reflète la lumière du jour. Les récriminations de ses administrés, elle le sait, s'adressent autant à lui qu'à elle. Mais qui sait si le prochain chef de l'Etat saura mieux répondre aux exaspérations de la France d'en bas?

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MERENGUE 25/03/2007 18:17

Monsieur le Ministre de l'Intérieur démissionnaire,Monsieur le Président de l'UMP,Monsieur le candidat,Vendredi dernier, la Police s'est une nouvelle fois couverte de ridicule en essayant d'interpeller un Chinois en situation irrégulière. Je ne reviendrais pas sur les faits mais je me permets de souligner l'amateurisme de cette interpellation ayant eu lieu dans un café proche d'une Ecole Maternelle avec une situation tendue ayant entrainé des violences en présence d'enfants de cette école.Comme toujours, vos discours assénés à haute voix sont en décalage complet avec la politique que vous menez sur le terrain. Le fiasco de cette interpellation démontre une fois de plus que vous ne maitrisez pas le sujet de l'immigration , notamment clandestine.Je souligne aussi votre courage à faire interpeller un grand-père d'origine asiatique ; il est vrai que les Asiatiques sont moins rebelles que les Africains que vous avez logé en hôtel, ou des Maghrébins. Au fait, quel est le coût pour le contribuable françcais du fiasco Cachan ?Je remarque par ailleurs que le Chinois concerné a été remis en liberté du fait de sa situation juridique. Quel camouflet pour vous et vos services dont vous abandonnez enfin la direction.La politique de lutte contre l'immigration clandestine est nécessaire car les sans-papiers sont dans une situation illégale. Le renvoi chez eux de ces personnes doit se faire de manière décente, en évitant des situations houleuses. En outre, la loi s'applique pour tous comme vous semblez l'oublier.Une fois de plus, le peuple constatera que vous essayez de "faire" du Front National, par soucis électoraliste, mais à chaque fois en vous vautrant lamentablement, car la copie ne sera jamais de la même valeur que l'original.Pour l'Elysée, vous n'êtes pas l'homme de la situation et votre communautarisme dangereux est en totale contradiction avec l'identité nationale que vous osez prendre en otage dans vos discours démagogiques et qui sonnent faux.Espérant voir votre défaite le 6 mai prochain,Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations obligées.